Le compteur tourne
19h18. Jeudi 12 février. L’enceinte est allumée. Damso chante morose.
« J’suis tellement loin, C’est parti pour quelques heures, Ecrire sur le monde, Exilé dans simulateur, Près des couleuvres, sable en mouvement, Fonce-dé, trop pressé d’plus penser, cerveau danse donc débranché ».
Assise face à ma table ronde. Les bougies allumées éclairent l’appartement d’une douce lumière. J’adore l’atmosphère que dégagent les flammes dansantes sur les murs. La tempête Nils est passée. Ce temps me rend nostalgique d’une époque que je n’ai jamais vécue. Anémoia. C’est le nom qui désigne ce sentiment. Je romantise sûrement trop un destin d’héritière, passionnée de lettres qui rédige des poèmes à son grand amour. La chandelle pour seule compagnie. Le papier pour seul exutoire. Ambiance, Bridgerton et Wuthering Heights. Oui, je suis ce genre de meuf !
Bref, je me disperse. J’aime écrire en sachant que personne, ou presque, ne me lit. C’est libérateur. On pourrait se demander pourquoi je ne raconte pas juste ma vie dans un carnet, à l’abri des regards ? J’imagine que ce blog ira sûrement plus loin que la simple idée de départ. En attendant, je me sens libre d’écrire absolument tout ce que je veux. Exister à travers ce blog, sans filtre. C’est ma façon de lâcher prise.
19h39, Feist, my moon my man.
Ça y est ! J’ai 39 ans !
Le temps. Relatif. Illusoire. Perçu de manière différente en fonction des situations et des âges. Je ne fête pas juste mes 39 ans, je célèbre la fin de ma 39ème année. Depuis 2 jours j’ai déjà un pied dans ma quarantaine. Et vous savez quoi ? Ça ne change rien à la manière dont j’ai décidé de vivre cette année de plus au compteur.
Bien au contraire !
On l’a bien compris, le cap des 30 ans a été violent. Je me suis perdue. Allez savoir pourquoi, j’ai cru qu’en rentrant dans la trentaine, je devais devenir « adulte ». Les amis qui signent des CDI, achètent des maisons et font des gosses. Normal. Moi aussi, je vais être adulte et faire comme tout le monde. Pourquoi remettre en question la logique implacable d’une société capitaliste complètement malade ? Aucune raison. À 20 ans, j’avais déjà pris des chemins différents, je m’étais affranchie de ce que les gens pouvaient bien penser de mon besoin de voir le monde. Alors, je pouvais bien faire l’effort d’être ce qu’on attend de moi. Pire encore, de ce qu’on attend d’une femme de trente ans.
Comme quoi, moi qui pensais avoir de la personnalité. Voilà le résultat ! Dans le labyrinthe de ma trentaine, j’ai cherché des réponses. Je n’en ai pas trouvé. C’est absurde de chercher des réponses dans un labyrinthe.
J’ai mis du temps à comprendre qu’en y entrant, il suffisait d’en chercher la sortie.
Logique. Visiblement, j’aime compliquer les choses. Je suis le genre à rester bloquée dans une impasse. À me demander POURQUOI MOI ? Alors qu’il suffit d’emprunter un autre chemin.
Life is a playground or nothing
J’adore la citation du film Mr Nobody « I am not afraid of dying. I’am afraid I haven’t been alive enough. It should be written on every school room blackboard : Life is a playground or nothing ». J’ai longtemps vécu avec cette idée que la vie était une expérience qu’il fallait vivre intensément. Et puis j’ai oublié. J’ignore pourquoi je me suis tant mis la pression. Peut-être que d’avoir été en décalage toute ma vie, me donnait l’impression qu’à un moment je devais faire comme tout le monde si je voulais « réussir » ma vie. Sans me douter une seule seconde que j’étais déjà en train de réussir.
Toujours est-il que j’ai décidé de vivre cette nouvelle année en me reconnectant à celle que j’ai toujours été. Je me suis fait beaucoup de mal ces dernières années. À me mettre toute cette pression. À vouloir répondre aux injonctions. À vouloir rentrer dans le moule. En refusant de m’accepter telle que je suis, je refusais, malgré moi, de sortir du labyrinthe.
21h12. Je m’arrête là.
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