Quand une simple question fait basculer ton monde intérieur.
Je me souviens de mes 30 ans comme si c’était hier. Pour beaucoup, le passage vers la trentaine marque un cap. Peut-être que pour vous, ce n’était pas la question des 30 ans. Peut-être que c’était un autre déclencheur, une autre phrase banale qui a fait s’effondrer vos certitudes. Ou peut être que vous êtes juste passés à côté ! Mais en ce qui me concerne, ça n’a pas juste marqué un cap. Entrer dans la trentaine a bousculé mon monde. « Bousculé » est un faible mot.
Cette année là, une partie de moi a brûlé.
Ça a l’air un peu dramatique écrit comme ça, et bon, même si je reconnais que j’aime extrapoler… C’est ce que j’ai vécu. Dans un silence assourdissant.
Je n’ai pas compris tout de suite ce qu’il m’arrivait. J’ai fêté mes 30 ans avec mes amis. Puis quelques jours après, on m’a posé cette question. LA question. Cette PUTAIN DE QUESTION. « Alors, ça fait quoi d’avoir 30 ans ? ».
Cette question n’a pas déclenché la crise de la trentaine. Elle a déclenché une crise de sens.
Je me souviens que j’étais assise par terre, dans mon ancien appartement. Sur le coup, je n’ai pas réalisé que ça allait me frapper en pleine gueule. Qu’est ce que ça peut bien faire d’avoir 30 ans ? Est-ce que j’avais vraiment réfléchi à ce que je serai à 30 ans ?
À ce moment là, je me sentais accomplie. J’avais coché toutes les cases. J’avais vécu pleinement ma vingtaine, exactement telle que je l’avais toujours imaginé ! En road trip d’un continent à l’autre. À vivre des expériences incroyables. Me, myself and I. En total harmonie avec nos choix… Jusqu’à cette putain de question.
Mais là tout de suite, j’étais orpheline, j’avais perdu mes repères. Est-ce que c’était le passage vers une nouvelle ère ? L’âge adulte ? Est-ce que j’étais passée à côté de quelque chose dont tout le monde prend conscience plus tôt ? J’étais l’enfant qui voulait grandir trop vite, et d’un coup je me rendais compte que j’étais en décalage avec mon âge. En décalage avec mes croyances, nourries par une société dans laquelle j’avais toujours étouffé, où les cases étaient trop petites, où les limites devaient être franchies, où s’affranchir était une religion, un mode de vie. Enfin, c’est ce que je croyais.
Je n’avais toujours pas répondu à la question. Alors, ça fait quoi d’avoir 30 ans ?
Et voilà. Le piège se refermait sur moi. Je glissais doucement dans un gouffre si profond, qu’il faudra des années, pour commencer à voir la lumière. On nous apprend à fêter les chiffres, mais personne ne nous prévient que certains anniversaires agissent comme des détonateurs. Ce jour là, j’ai compris que j’avais passé ma vie à courir après une liberté de façade, sans jamais regarder l’heure qu’il était en moi.
Il faut dire que j’ai toujours eu un rapport au temps et au monde assez étrange. J’ai toujours senti un décalage. Rien que dans mes choix de vie, j’empruntais souvent un chemin différent de celui des autres. Sans que ça ne génère chez moi un quelconque questionnement. Je n’avais peur de rien, et honnêtement, je n’écoutais jamais l’avis des gens. Cette version de moi me manque. Terriblement. Alors, en quoi mon rapport au temps et au monde me semble étrange ?
Je crois que j’ai toujours vécu un bug temporel. Quand je remonte le fil de ma mémoire pour comprendre d’où ça vient, je repense à la série Code Quantum. Série culte ! J’étais trop fan des histoires de sauts dans le temps de Sam Beckett et d’Al. J’avais 6 ans. Et j’étais fascinée par les voyageurs dans le temps.
À l’époque, c’était juste une série culte. Aujourd’hui, c’est ma réalité. Comme Sam Beckett, je cherche comment réparer ce qui a été brisé dans le temps.
Le temps. Qu’est-ce que le temps ?
Mon sujet préféré. Je le redoute autant qu’il me fascine. Il est à la fois ma source de motivation, ce qui m’anime profondément et celui qui m’a plongé dans une profonde crise identitaire. Il a cramé mes fondations, sans consentement. La crise de sens vient au moment où on se demande qui on est vraiment ? C’est cette boîte de Pandore qui s’ouvre et qu’on ne peut plus refermer. C’est le moment où on réalise que le temps n’est pas une ligne droite, mais un miroir.
Presque 9 ans plus tard, je me rends compte que l’horloge n’a jamais cessé de tourner différemment pour moi.
Et vous, est-ce que vos montres sont à l’heure ?
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