Le piège d’une remise en question trop profonde
C’est quoi le sens de la vie ?
J’ai la chance de vivre au dernier étage et la table sur laquelle je travaille fait face à une fenêtre qui offre la possibilité à mon cerveau de se déconcentrer autant qu’il le souhaite. 7h47, mardi 3 février 2026. Il fait encore nuit, il pleut des cordes et malgré tout, j’entends les oiseaux chanter. Ils attirent mon attention. Facile à détourner.
Le café est chaud, et je suis prête à raconter ma vie. Ça me fait rire.
Parce que le sens de la vie c’est quoi ? Quelle question de merde. Elle est profonde, c’est sûr. Mais est-ce que ça vaut vraiment la peine de tenter d’y répondre ? Si vous cherchez des réponses, j’ai l’immense joie de vous dire que vous n’en trouverez pas ici !
Il est 8h38, presque une heure que la lune m’a arraché à mon clavier. Contempler. Être capable de s’émerveiller. En voilà une idée.



Bref, peut être que nous, les rêveurs/rêveuses, les contemplateurs/contemplatrices, les artistes ? on est plus sujets à se poser ce genre de questions. Pourquoi ? Je pense (et c’est sûrement loin d’être une vérité, soyons clairs) que cette capacité à s’émerveiller du beau se heurte violemment à la réalité du monde dans lequel nous vivons.
Un monde injuste et cruel. Pourquoi ?
Alors on s’adapte, on se sur adapte même ! On accepte l’inacceptable. On nous invite à ne pas trop remettre tout en question. À ne pas trop penser. « Trop penser ». On se résigne. A t-on vraiment le choix ? Les rêveurs ont-ils encore leur place ici-bas ?
Ma remise en question m’a naturellement mené vers ce qu’on appelle communément le Burn Out. Cette question « Alors, ça fait quoi d’avoir 30 ans« , n’était que la partie visible de l’iceberg. Bien sûr, j’ai commencé à me demander ce que ça allait changer, ce que j’espérais accomplir dans cette nouvelle dizaine. Et bien sûr, les réponses à cette réflexion n’étaient, pour la plupart, que le fruit de biais cognitifs et de croyances transmises, pollués par des injonctions sociales.
Je suis en proie aux flammes. Ma maison brûle, et je reste là, à regarder les fondations partir en fumée. En quelques mois, il ne reste rien.
Le départ de feu.
Les premiers signes commencent par une méningite virale en septembre 2017. Ça aussi ça me fait rire ! Parce qu’avant que le mental craque, c’est le corps qui lâche. Et mon corps est à l’image de mon mental, il a un goût prononcé pour le dramatique. S’il fallait choisir une manière de dire stop ! C’était forcément en s’attaquant aux méninges.
« Les méninges ne sont pas le cerveau lui-même, mais les trois couches de membranes qui enveloppent et protègent le Système Nerveux Central. La méningite, c’est l’inflammation de ces couches. Quand elles gonflent, elles compriment le cerveau et la moelle épinière.«
Bon, le message était clair, mais je n’avais toujours pas compris ! Le passage dans la trentaine est mémorable.
Donc je me « soigne », je pars à Zanzibar, puis au Mexique pour le mariage de Cindy. Fêtes de fin d’année. Période de transition au niveau pro. J’ai du temps pour moi, pour me « reposer ». Sauf que je ne le sais pas encore, mais je suis cramée. C’est à ce moment là que je commence à me poser mille et unes questions. Je suis fatiguée. Mais en fait, je suis qui moi ?
Je suis perdue, mais je me prends pour une chercheuse de sens. la quête de sens peut devenir une violence supplémentaire quand elle naît de l’épuisement.
L’enfer. Ceux qui sont passés par là savent de quoi je parle. Je suis aspirée dans un gouffre abyssal de questions sans réponse. Pas de ChatGPT pour aider à comprendre ce qu’il se passe ! Mais bon, même au fond, il me reste Google. je commence à faire des recherches.
Elles me mènent vers Freudenberger. Il est à l’origine du concept du burn out dans les années 70 (déjà à cette époque là !!). Il explique que c’est le prix à payer d’un engagement excessif. Je ne rentrerai pas dans les détails, il y a bien assez de ressources à ce sujet. C’est cette lecture qui m’a fait prendre conscience que je n’allais pas bien.
Et l’entourage dans tout ça ?
Evidemment, je suis une enfant des années 80. J’ai été biberonnée à des discours has been depuis longtemps. Garde tes émotions pour toi, sois fort(e), travaille dur à l’école pour avoir un beau métier et une belle retraite. Du bullshit en boite. Nos parents n’y allaient pas avec le dos de la cuillère.
Naturellement, j’ai caché mon mal-être à mon entourage. Sourires de façade. Je cherche du taf, mais je n’en trouve pas. Et oui, la réalité c’est qu’on a beau être bilingue, avoir travaillé en Chine et être diplômée, ça ne suffit pas. La vraie vie, pique. Je suis perdue, sans repère. Je ne sais même plus qui je suis, ce que je veux et où je vais.
C’est le bordel !
Petit à petit, je n’arrive plus à cacher mon questionnement et mes peurs. Je commence à en parler à mes amis. L’entourage est capital à ce moment là ! On cherche désespérément à comprendre ce qu’il nous arrive. Même si les amis sont là en soutien, pour beaucoup, c’est aussi l’incompréhension. Malgré eux, ils vont alimenter la machine. Ils vont me confronter à l’image que j’ai toujours renvoyée ! Celle d’une nana pleine de vie, souriante, qui n’a peur de rien et qui croque la vie à pleines dents.
C’est sain, ils veulent me ramener à cette version de moi qui a brûlé. Elle n’existe plus. Ils ne l’entendent pas. Ils ne m’entendent pas. Ça m’isole encore plus. J’ai l’impression qu’en plus de devoir trouver un sens à ma vie, je dois me battre pour leur faire comprendre que la version qu’ils ont connu de moi, ne reviendra pas.
Il est 10h37, la réalité me rattrape. Il s’est arrêté de pleuvoir, les oiseaux ont cessé de chanter. Les notifications de taf s’accumulent « Hello @marion on peut peut-être mettre en avant le fait que nos tondeuses ramassent les feuilles, un utilisant ces rushs. » « @marion, on peut partir sur cette photo IMG_0009.jpg elles sont vraiment sympas ». Je vous laisse, le travail m’appelle.
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